Quel jour sommes-nous ? Depuis quand était-elle ici ? Et puis d'abord elle fait quoi ici ? Pourquoi on l'a amené ici déjà ? Quel affreux pêché a-t-elle commis pour se retrouver dans une situation aussi peu avantageuse ? Est-ce parce qu'elle était éprise d'un besoin vital de liberté ? Est-ce parce qu'elle s'est octroyée l'espace d'un bref instant, dans sa courte vie, le droit de vivre d'elle-même ? Le destin, si tant est qu'il existe bien, est d'une perfidie à toute épreuve et semble un plaisir orgasmique à faire des croque en jambe à chaque personne qui ose toucher une once d'espoir. Eya est prisonnière d'une destinée linéaire et répétitive... Comme obligée de devoir se soumettre à la volonté de quelqu'un se croyant supérieur à elle. Elle se voit aujourd'hui enfermée dans une cage sur un marché peu commun, surveillée par des créatures qui hantaient ses cauchemars d'enfant.
Le grincement lourd et strident d'une grille faite d'un métal humide et rouillé vint heurter l'ouïe de la demoiselle qui fut contrainte d'ouvrir difficilement un oeil. La vue encore brouillée par le voile brumeux du sommeil que Morphée s'était amusé à lui offrir, la jeune femme essayait de discerner quelque chose de concret. Ses oreilles se mirent à entendre soudainement des cris plaintifs et autres supplications en tout genre, une odeur poussiéreuse et emplie d'humidité atteignit ses narines, le contact froid et inhospitalier du métal heurta sa fine peau encore endolorie par les coups précédemment reçus. Non, elle n'avait toujours pas eu la chance -si tant est que chance soit le mot exact- de quitter cet affreux marché... Ce n'était pas pour maintenant, et cet emprisonnement paraissaient durer des années aux yeux de la demoiselle.
Une silhouette imposante et d'une certaine carrure se dessina à sa vue... Mais avec le contre-jour elle ne put rien discerner de plus. Eya se redressa lentement jusqu'à finir par cogner son crâne contre la paroi de sa cage. Elle grogna légèrement et posa sa main sur sa tête en râlant légèrement. A peine eut-elle le temps d'émerger, et de correctement se réveiller, qu'une main poisseuse et sale attrapa son poignet et l'extirpa hors de la cage sans la moindre once de douceur. La belle italienne se retrouva alors balancée à même le sol du marché avant de se prendre un coup de pied dans l'estomac s'en suivi un "Lève-toi, traînes pas !"
Aujourd'hui il n'était pas prévu qu'elle soit emmenée à la salle des ventes... Elle en était même "privée" suite à ses nombreuses désobéissances. Ca ne la dérangeait pas plus que ça malgré tout être mise en vente sur une estrade comme un vulgaire objet dans une vente aux enchères ou être enfermée dans une cage sur le marché et passer ses journées à sentir des regards pervers et malsains se poser sur son corps... Où était la différence ? Alors, si ce n'était pas ça... C'était donc qu'elle était de sortie. Et oui, sur ce marché aussi, on fait prendre l'air à la marchandise comme dans une animalerie où l'on sort les animaux pour qu'ils se dégourdissent les pattes. C'était dans ce genre de situation plus que dans n'importe quelle autre qu'Eya réalisa qu'ici bas, elle n'avait aucune réelle valeur.
Elle fut emmené vers la salle d'eau afin d'avoir -enfin- droit à brin de toilette et de propreté. Le geôlier prenait un malin plaisir à la suivre à chacun de ses pas, ses yeux brillant de lubricité en entendant que la jeune Soma ne daigne se délester de ses vêtements afin de se laver. La demoiselle n'était pas dupe et elle savait parfaitement ce qu'elle risquait si jamais elle prenait le risque de se dévêtir devant cette créature grasse et puant l'alcool. Elle se tourna alors vers lui, un sourire malicieux sur les lèvres et fit mine de ôter son haut avant de brusquement froncer les sourcils.
"Casse-toi de là ! Je suis apte à me laver seule ! Vires maintenant !"
La chevelure rosée de la demoiselle virevolta soudainement dans les airs, quelques mèches firent se coller sur son visage, inexpressif. Son fessier alla lourdement heurter le sol alors qu'un claquement sec et strident se fit entendre. Dans les secondes qui suivirent ce son, le dos d'Eya se mit à chauffer, puis à rougir avant de légèrement enfler et saigner... Le cuir du fouet glissa contre sa peau alors que le geôlier de la demoiselle vociférait des insultes en tout genre d'une voix rauque. L'esclave leva les yeux vers lui, ne montrant aucun signe de douleur face au coup reçu et lui offrit un sourire narquois.
"Va te faire foutre !"
Un second coup se fit entendre puis un troisième... On ne répond pas à son geôlier, on ne salit pas son autorité sinon... On est punis ! Cet état de fait était le dernier soucis d'Eya qui préférait en rire ouvertement plutôt que montrer la souffrance qu'elle ressentait. L'homme finit par sortir de la pièce en l'insultant de tous les noms... Malgré tout, la jeune humaine avait la sensation d'avoir gagné cette bataille et put se laver seule et sagement.
Lorsqu'elle fut considérée propre, elle fut emmenée dehors... Manque de chance le soleil n'était pas au rendez-vous du tout. Le temps était d'une infinie tristesse, le ciel était bas, les nuages grisâtres semblaient peser sur les épaules des esclaves et le vent, glacial, sifflait aux oreilles de chaque prisonnier un chant macabre. L'italienne déambula quelque peu dans cette cour qui lui semblait trop étroite, trop surveillée, trop étouffante. Elle prenait un malin plaisir à défier du regard le moindre gardien qu'elle croisait. Elle évitait les autres esclaves par contre, fuyant leurs conversations répétitives et déprimantes...
Après quelques minutes, elle alla s'isoler dans un coin de la cour. Son dos, encore terriblement endolorie par les coups de fouet, vint s'appuyer contre un mur avant de glisser tout le long de celui-ci. Eya s'installa alors contre ce mur, ramenant ses jambes contre sa poitrine. Son regard balayait la cour avec une attention particulière, elle se délectait des mines de déterrés des autres esclaves, des plaintes et promesses qu'ils crachaient mécaniquement lorsqu'un éventuel maître s'approchait d'eux... C'était pitoyable, c'était effrayant. Pourtant, elle avait l'étrange sensation que, dans ce décor digne d'un poème d'Edgar Poe, quelque chose clochait... La belle humaine avait beau chercher quoi, elle n'arrivait pas à trouver...